Lettre à Justin Trudeau, Premier Ministre désigné

Date : 21 octobre 2015

Type de publication : Lettres

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Publications en archives : Lettres

Le 21 octobre 2015

M. Justin Trudeau, député
Chef du Parti libéral du Canada
Chambre des communes
111, rue Wellington
Ottawa (Ontario)
K1A0A6

Monsieur le Premier Ministre désigné,

Au nom des chefs d’entreprise du pays, je tiens à vous féliciter ainsi que le Parti libéral du Canada pour votre victoire aux élections générales nationales de cette semaine. Après la plus longue campagne fédérale en plus de 140 ans, les Canadiens et les Canadiennes ont voté de façon décisive pour un nouveau leadership et un réaménagement des priorités publiques.

Au moment où vous vous préparez à votre assermentation à titre de 23e premier ministre de notre pays, nous sommes conscients que vous êtes confronté à de nombreuses demandes. Dans un contexte où les changements et les perturbations s’accélèrent à l’échelle mondiale, les Canadiens et les Canadiennes se tournent vers vous et votre équipe pour des solutions à un large éventail d’enjeux sociaux et économiques.

Répondre à ces attentes ne sera pas une tâche facile. En plus de faire montre de vision et de bon jugement, il s’avèrera essentiel d’adopter une approche en matière de gouvernance fondée sur un processus de consultation et d’établissement de consensus plutôt que sur la partisanerie et l’autoritarisme.

Au cours de la campagne, vous avez évoqué la nécessité de renforcer la démocratie au Canada et de renverser la montée de cynisme qui menace d’engloutir notre système politique. Je suis profondément convaincu de la valeur du service public et d’institutions publiques solides, et je salue votre engagement envers ces idéaux.

Nous vivons dans un monde complexe en évolution constante. Du changement climatique à l’interdépendance mondiale en passant par les changements démographiques radicaux, le terrorisme et l’évolution technologique, les enjeux auxquels sont confrontés les décideurs d’aujourd’hui sont redoutables, tant par leur portée que par leur importance. Pour répondre adéquatement à ces enjeux, nous avons besoin de citoyens et de citoyennes qui participent au processus politique; nous avons besoin de gouvernements ouverts et innovants qui font preuve d’une grande capacité d’adaptation; nous avons besoin d’un leadership intelligent et réfléchi qui rassemble plutôt que divise les Canadiens et les Canadiennes dans l’atteinte d’objectifs communs.

À cet égard, je me permets de vous faire part de quelques réflexions préliminaires au nom des hommes et des femmes dirigeant les entreprises parmi les plus importantes au Canada et les plus présentes sur la scène mondiale.

Représentant l’ensemble des régions et des secteurs de l’économie, nos 150 entreprises membres emploient quelque 1,4 million de citoyens et citoyennes, comptent pour plus de la moitié de la valeur de la Bourse de Toronto, versent la plus grande part des impôts fédéraux sur les sociétés et constituent les plus grands contributeurs à l’échelon de l’exportation, du mécénat et des investissements du secteur privé en recherche et développement. Au moyen de partenariats dans la chaîne d’approvisionnement, de contrats de service et de programmes de mentorat, ces entreprises soutiennent des centaines de milliers de petites entreprises et d’entrepreneurs dans les collectivités de toutes tailles, partout au pays.

Nos entreprises membres figurent également parmi les plus importants recruteurs de jeunes Canadiens et Canadiennes. En plus de faire bénéficier les jeunes diplômés d’emplois, de formations et d’expériences d’apprentissage intégré au travail, elles leur permettent d’entreprendre des carrières enrichissantes et fructueuses.

Menant des affaires dans presque tous les coins du monde depuis leurs bureaux situés au Canada, nos membres ont un sens aigu des avantages et du potentiel inégalé de notre pays. Ils savent, eux aussi, que nous ne pouvons pas tenir pour acquise la prospérité future du Canada. Pour prospérer au 21e siècle, nous avons besoin d’une politique publique perspicace qui permet aux Canadiens et aux Canadiennes de réussir et de s’épanouir dans une économie mondiale de plus en plus concurrentielle. Nous avons besoin d’un leadership qui réfléchit sérieusement au Canada que nous souhaitons aujourd’hui, demain et surtout pour les générations à venir.

En politique comme dans le secteur privé, il est parfois difficile d’échapper à la pression imposée par les objectifs à court terme. Toutefois, pour que le Canada demeure un pays avant-gardiste, les gouvernements et leurs représentants élus doivent accorder une même attention aux enjeux à long terme qui menacent notre bien-être économique. À notre avis, les défis les plus sérieux comprennent le vieillissement de la population et de la main-d’œuvre au Canada, le rendement faible en termes de productivité, le déplacement continu des investissements et du dynamisme économique vers les marchés émergents, et la dette publique trop élevée, en particulier à l’échelon provincial.

Au cours de la campagne, vous avez présenté une proposition visant à redynamiser l’économie par des investissements dans des programmes et des projets qui créeront des emplois et favoriseront la croissance de la productivité, même au détriment de déficits modestes à court terme. En principe, nous sommes favorables à un tel plan fiscal, pourvu que la dette nette du gouvernement fédéral en pourcentage du PIB continue de baisser selon sa trajectoire actuelle pour atteindre l’objectif de 25 % d’ici 2021.

Avant tout, la clé de toute stratégie de prospérité économique à long terme au Canada est d’accorder une priorité sans équivoque à la compétitivité internationale. Dans l’économie mondiale d’aujourd’hui, il est inutile de prétendre que nous pouvons nous cacher derrière nos frontières. La qualité de vie future au Canada dépend de notre volonté à être un concurrent agressif sur les plans de l’investissement dans les entreprises, de la recherche de talents et de l’accès à de nouveaux marchés pour les biens et services canadiens.

À notre avis, les principaux éléments d’une telle stratégie sont les suivants :

Investissements dans l’infrastructure visant à améliorer la productivité. Il existe de solides raisons à faire valoir pour accroître les dépenses destinées à l’infrastructure, mais des dépenses plus élevées n’amélioreront pas à elles seules la productivité. L’accent doit être mis sur des projets qui auront une incidence directe et mesurable sur la croissance et la capacité économiques. Des réseaux de transport routier, ferroviaire, aérien et énergétique efficaces, des ports modernisés, des systèmes de transport en commun plus développés ainsi que d’autres mesures visant à alléger la congestion urbaine constituent des exemples des types d’initiatives qui peuvent stimuler la croissance et améliorer la capacité du Canada à être compétitif pour attirer les investissements et les emplois. En parallèle, il incombe aux gouvernements d’assurer un cadre positif pour des investissements privés dans l’infrastructure en ce qui concerne des domaines cruciaux, tels que le transport et la transmission d’énergie. Les produits énergétiques représentent le secteur le plus important de l’économie d’exportation canadienne et transporter nos ressources naturelles outre-mer devrait être une priorité absolue. Le secteur privé est disposé à construire des infrastructures énergétiques sûres et sans danger pour l’environnement, à l’aide de processus d’approbation réglementaire opportuns, efficaces et prévisibles.

Libéralisation du commerce et des investissements. Durant la campagne électorale, vous avez souligné la nécessité d’ouvrir les marchés pour les biens et les services canadiens en vue de développer les entreprises canadiennes, de créer des emplois bien rémunérés et d’offrir le choix et des prix plus bas aux consommateurs canadiens. Votre gouvernement peut améliorer sensiblement les perspectives commerciales du Canada en ratifiant l’accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne (UE) et en déployant la gamme complète des ressources diplomatiques du Canada pour soutenir sa ratification par l’UE. Dans l’intervalle, l’accord de Partenariat transpacifique (PTP) récemment conclu recèle un potentiel extraordinaire pour le commerce canadien dans la région Asie-Pacifique. On ignore à ce stade si le PTP obtiendra l’approbation du congrès américain, mais si cet accord est appliqué, le Canada ne pourra pas se permettre d’être tenu à l’écart.

Meilleures relations avec les partenaires économiques clés. Assurer l’accès à de nouveaux marchés d’exportation est aussi essentiel que de maintenir des relations étroites avec les partenaires commerciaux clés actuels, tels que les États-Unis, le Mexique et la Chine. Une tâche principale dont devra s’acquitter votre gouvernement sera de se concentrer sur le partenariat nord-américain en matière politique et commerciale en ce qui a trait à une série d’initiatives bilatérales et trilatérales pour renforcer la compétitivité de la région. Concernant les relations trilatérales, le premier point à l’ordre du jour devrait être l’organisation par le Canada d’un Sommet des dirigeants nord-américains, une initiative que notre pays n’a pas prise depuis 2007. Dans le même temps, nous prions instamment votre gouvernement de revenir sur la décision prise en 2009 exigeant de la plupart des voyageurs provenant du Mexique d’obtenir un visa pour se rendre au Canada. En ce qui concerne la Chine, le deuxième partenaire le plus important de notre pays, et bientôt la plus grande économie mondiale, nous sommes convaincus qu’il est temps de parvenir à un accord économique bilatéral complet. Un engagement de la Chine intelligent et guidé par des principes doit être au cœur de la politique étrangère canadienne.

Positionner le Canada comme pôle d’attraction pour les entreprises mondiales. Les gouvernements dans le monde souhaitent vivement attirer des sièges de sociétés et des entreprises d’envergure internationale dans leurs régions, et ce pour de bonnes raisons. Les grandes entreprises sont des contribuables importants et une source considérable pour les investissements et les emplois à haute valeur. Elles représentent également des moteurs importants pour l’innovation et une productivité plus élevée et elles ont la capacité de réaliser des économies d’échelle, assurant ainsi une réussite dans un marché mondial sans cesse plus concurrentiel. Un des principaux objectifs de la politique économique canadienne devrait consister à créer un environnement qui favorise l’établissement et le maintien d’entreprises solides basées au Canada et qui encourage des entreprises plus petites à croître et à devenir des exportateurs de taille. Votre gouvernement devrait s’employer en parallèle à éradiquer les politiques restrictives en matière de fiscalité et d’immigration qui rendent la tâche difficile aux entreprises à l’heure d’attirer et de retenir des employés compétents au sein de leur siège.

Une stratégie nationale en matière de compétences. Les systèmes d’éducation et de formation de notre pays ont longtemps figuré parmi les meilleurs au monde, mais de récentes évaluations internationales démontrent que les étudiants et les étudiantes canadiens tirent de l’arrière par rapport à leurs pairs dans un certain nombre de pays développés et émergents. Afin d’assurer une qualité de vie élevée pour tous les citoyens et les citoyennes, il est temps d’adopter une nouvelle approche et d’engager des discussions honnêtes entre les ordres de gouvernements, les employeurs et les établissements d’enseignement sur les moyens d’améliorer le rendement et d’accroître les possibilités de carrière pour les jeunes Canadiens et les jeunes Canadiennes. La nécessité de répondre à la question du potentiel inexploité des populations autochtones du Canada, un des groupes démographiques qui connaît la croissance la plus rapide, revêt une importance particulière.

Réforme et simplification du régime fiscal. Le Canada a besoin d’un régime fiscal adapté au 21e siècle, plus précisément d’un régime apte à réduire les coûts de conformité et à accroître la transparence tout en stimulant la croissance, l’investissement, l’entrepreneuriat et la création d’emplois. Des taux marginaux plus élevés génèrent des revenus à court terme, mais ils risquent ultimement d’encourager l’évasion fiscale et de porter préjudice à la compétitivité internationale du Canada.L’objectif fondamental de la réforme fiscale devrait être d’élargir le plus possible l’assiette fiscale, avec des taux d’imposition inférieurs et moins d’avantages fiscaux. En fonction du contexte économique, le gouvernement fédéral devrait réduire le fardeau des ménages à revenu faible et moyen en augmentant la part du revenu exonéré de l’impôt et en réexaminant les prestations fondées sur le revenu. Il y a lieu également de simplifier le régime de l’impôt des sociétés. En outre, Jack Mintz, un des experts fiscaux les plus éminents du Canada, a souligné que les allègements fiscaux spéciaux pour les petites entreprises n’incitent pas à la croissance puisque les entreprises perdent ces allègements dès qu’elles intensifient leurs activités. Une démarche plus appropriée serait de récompenser les entreprises qui prennent de l’expansion, créent des emplois et favorisent les échanges commerciaux du Canada avec le monde.

Nous espérons vivement qu’à la reprise des travaux du Parlement, toutes les parties travailleront ensemble pour aider à bâtir une économie canadienne plus saine et plus vigoureuse. En tant qu’organisation non partisane qui s’évertue à offrir une tribune réfléchie, informée et à l’échelle du Canada sur des questions qui sont cruciales pour l’avenir économique du pays, nous promettons de jouer notre rôle en contribuant à ce processus.

Avec mes collègues de toutes les régions du pays, je vous adresse mes félicitations et mes meilleurs vœux. Les membres du Conseil canadien des chefs d’entreprise se réjouissent de travailler avec vous et votre gouvernement dans l’intérêt d’un Canada plus robuste et meilleur.

Je vous prie d’accepter, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de mes sentiments distingués.

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