Un nouveau mandat d’innovation pour le nouveau ministre de l’Innovation

par Robert Asselin – Premier vice-président, Politiques publiques, Conseil canadien des affaires

Exp. : Robert Asselin 
Dest. : François-Philippe Champagne, ministre de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie 
Date : 12 janvier 2021 
Objet : Un nouveau mandat d’innovation pour le nouveau ministre de l’Innovation 

Vous avez accepté votre nouveau rôle en une période difficile. Au terme de la pandémie de COVID-19, offrir de meilleures perspectives économiques pour tous les Canadiens et Canadiennes exigera un plan à long terme et des investissements stratégiques visant à augmenter notre productivité. Une meilleure productivité stimule la croissance économique, les investissements privés et les emplois, qui, à leur tour, engendrent un meilleur niveau de vie,  des programmes sociaux plus durables et  une plus grande mobilité sociale. Afin d’accroître la productivité du Canada, nous devons tirer profit de notre capital humain, physique et intellectuel.a. Voici quatre façons d’y parvenir :

1. Re-former les gens pour l’économie numérique 

L’atout le plus important du Canada constitue son capital humain. La nature urgente de la COVID-19 a accéléré une transition qui avait déjà été amorcée dans le marché du travail au Canada. Les changements technologiques rapides, un contexte incertain et volatile pour les exportations, la montée de l’économie à la « pige » et l’évolution démographique  ont créé  une nouvelle réalité pour les employeurs canadiens. 

Bien que les employeurs dans certains secteurs peinent à trouver des travailleurs compétents, près d’un million de Canadiens et de Canadiennes sont actuellement sans emploi et beaucoup d’autres risquent d’être déplacés au cours des prochaines années en raison de l’automatisation, de la numérisation et d’autres changements qui touchent le marché du travail. Le défi pour le Canada consiste à créer les systèmes et les structures qui permettront de réaffecter les travailleurs d’un secteur à un autre alors que l’offre et la demande pour les personnes qualifiées évoluent.

2. Être propriétaires de nos idées

Plus que jamais, la réussite économique sera tributaire de notre capacité d’innover et d’exploiter notre capital intellectuel afin de résoudre des problèmes de taille et d’être plus productifs. De plus en plus, notre capital intellectuel comprend des actifs intangibles comme la propriété intellectuelle (PI), les logiciels et les stratégies de marque. Étant donné que la R. et D. financée par l’État n’est pas bien liée à l’industrie, les entreprises canadiennes n’ont que très peu de possibilités de transférer ou de commercialiser leur technologie. Pour que le Canada récolte les fruits de ses investissements collectifs dans l’innovation, nous devons mieux transformer notre savoir et notre capital humain en produits et services commerciaux. Nous devons adopter l’approche allemande-Fraunhofer pour la commercialisation de la R. et D. et la protection de la PI.

3. Tirer parti d’une approche axée sur les défis pour contribuer à la création de nouveaux marchés

Le Canada a besoin d’ambition et d’une capacité institutionnelle pour faciliter les partenariats entre les secteurs public et privé qui façonneront les marchés et stimuleront l’innovation à grande échelle au sein du secteur privé. Il existe plusieurs exemples de telles institutions aux États-Unis. Des organisations axées sur les défis, comme la NASA, la DARPA du département de la défense et l’ARPA-E du département de l’Énergie, ont été à l’avant-plan du modèle américain pour favoriser l’innovation dans le secteur privé. Elles ont toutes une approche organisationnelle semblable; elles ne déterminent pas elles-mêmes leur programme de recherche, mais s’inspirent des experts de l’industrie et des universitaires qui s’affairent à trouver des solutions techniques de pointe, comportant des risques élevés. Le Canada pourrait miser sur cette approche fondée sur la demande dans son plan relatif aux changements climatiques afin de contribuer à assurer la transition de son économie vers un avenir faible en carbone et de créer des emplois bien rémunérés. 

4. Accélérer la transformation numérique 

L’adoption de la technologie est désormais cruciale pour les entreprises canadiennes. Selon une enquête mondiale de McKinsey menée au cours de l’automne dernier auprès de dirigeants d’entreprise, la COVID-19 a accéléré de trois ans l’adoption d’outils numériques pour interagir avec les fournisseurs et les clients. Plus nos entreprises mettront du temps à adopter la numérisation, plus le Canada perdra son avantage concurrentiel. Un effort conjoint est nécessaire si l’on veut accélérer les investissements en capitaux dans ce domaine.

La collaboration entre les entreprises et le gouvernement sera importante pour mettre en œuvre une stratégie de croissance efficace, comme il est prescrit dans le récent rapport  du Conseil canadien des affaires intitulé Propulser une reprise vigoureuse et le rapport de décembre dernier du Conseil sur la stratégie industrielle.