Les tests rapides nous aideront à tourner la page sur la COVID-19

par Goldy Hyder – Président et chef de la direction, Conseil canadien des affaires Dr. Isaac Bogoch – Médecin spécialiste des maladies infectieuses et scientifique, l’Université de Toronto

Tel que publié dans The Globe and Mail

Isaac Bogoch est médecin spécialiste des maladies infectieuses et scientifique à l’Université de Toronto et à l’hôpital général de Toronto et membre du comité consultatif d’experts sur les tests et le dépistage de la COVID-19. Goldy Hyder est président et chef de la direction du Conseil canadien des affaires.

Les Canadiens ont poussé un soupir de soulagement le mois dernier lorsque Santé Canada a approuvé le premier de ce que nous espérons tous être un nombre croissant de vaccins contre la COVID-19. Mais depuis, nous avons été rappelés à la réalité : l’offre de doses de vaccin disponibles au Canada est limitée, les retards de livraison affectent les plans de distribution et, bien que ces premiers vaccins soient extrêmement utiles aux personnes à risque élevé, la distribution à grande échelle ne se fera pas avant le printemps ou au-delà.

Chaque jour qui passe, la pandémie a des conséquences plus lourdes sur la vie, la santé mentale, l’éducation des enfants, l’emploi et notre bien-être général.

C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous permettre de compter uniquement sur les vaccins comme solution à l’urgence sanitaire dans un avenir prévisible. Nous avons besoin d’autres outils tels que les tests de dépistage, notamment la distribution à grande échelle de nouveaux tests rapides aux points d’interventions. Cela permettra à un plus grand nombre d’entre nous de retourner au travail et à l’école en toute sécurité et de commencer à reconstruire l’économie canadienne.

L’automne dernier, Santé Canada a commencé à approuver les tests aux points d’interventions, appelés ainsi parce qu’ils peuvent être analysés hors d’un laboratoire, qu’ils peuvent diagnostiquer la COVID-19 dans un délai de 15 minutes à une heure et qu’ils coûtent généralement beaucoup moins chers que les tests de laboratoire. L’approbation récente d’un test rapide fait au moyen d’un écouvillon nasal qui n’a pas besoin d’atteindre l’arrière du nez rend l’utilisation de ces tests encore plus attrayante.

En novembre dernier, le gouvernement du Canada a signé des contrats pour l’achat de 38 millions de tests rapides aux points d’interventions, soit environ un test pour chaque Canadien. Selon le premier ministre Justin Trudeau, 14 millions de trousses de dépistage rapide ont été livrées aux autorités sanitaires provinciales. C’est un début, mais pour qu’une campagne de dépistage rapide soit utile, il faut que le gouvernement fédéral en achète beaucoup plus et que chaque province s’engage à les utiliser.

Les tests rapides ne sont pas aussi précis que les tests classiques en laboratoire. C’est pourquoi certains responsables de la santé publique et professionnels de la santé ont hésité à les mettre en œuvre en grand nombre. Dans le monde réel, un test raisonnablement précis qui peut être effectué rapidement et administré fréquemment est souvent plus utile qu’un test plus précis qui doit être envoyé à un laboratoire pour analyse, les résultats n’étant pas disponibles pendant des jours. C’est pourquoi les tests rapides sont les mieux adaptés pour identifier les personnes infectées présentant des symptômes minimes ou qui sont asymptomatiques, et pour aider à s’assurer que ces personnes s’isolent en toute sécurité avant d’infecter d’autres personnes.

Le Comité consultatif d’experts en matière de tests et de dépistage de la COVID-19 du gouvernement fédéral a récemment publié un rapport qui donne aux administrations des stratégies qu’elles peuvent utiliser pour mettre en place des tests aux points d’interventions. Par exemple, ces tests peuvent être utilisés pour dépister les personnes qui peuvent ou non présenter des symptômes de la COVID-19 sur les lieux de travail où le dépistage est actuellement limité.

La LNH a maintenu le nombre de cas de COVID-19 à un faible niveau en testant fréquemment ses joueurs. Des stratégies de dépistage similaires peuvent être utilisées dans les écoles ou dans les petites et moyennes entreprises, afin de les aider à poursuivre leurs activités pendant la pandémie et à réduire au minimum l’impact sur l’économie canadienne pendant la distribution des vaccins. Les projets pilotes menés dans d’autres pays sont encourageants. Par exemple, dans les régions de Slovaquie où les citoyens ont participé à deux séries de dépistage sur une période de deux semaines, les taux d’infection ont diminué de 60 %.

Un récent rapport du Conseil sur la stratégie industrielle du Canada réclame une augmentation du dépistage au Canada grâce à une collaboration entre l’industrie canadienne et le système de santé publique. Certains des plus grands employeurs du Canada, dont la Banque de Nouvelle-Écosse et Loblaw, s’engagent à mettre en place des programmes pilotes de dépistage rapide pour la COVID-19 sur le lieu de travail, en collaboration avec le Creative Destruction Lab de l’université de Toronto. Les employeurs des secteurs de la construction, de l’exploitation minière, de la pêche et du divertissement ont également commencé à tester leurs employés pour déceler la COVID-19.

Les Canadiens sont fatigués. Ils sont fatigués de rester chez eux et d’être séparés de leurs amis et de leur famille, fatigués de se retrouver enfermés et d’être confrontés à l’insécurité de l’emploi. Un dépistage rapide et généralisé peut nous aider à retourner au travail et à l’école en toute sécurité et à reconstruire l’économie en attendant notre tour pour le vaccin.