Le Conseil canadien des affaires exhorte le gouvernement fédéral à lancer une revue indépendante concernant la réponse du Canada à la pandémie au niveau de la santé publique.

par Goldy Hyder – Président et chef de la direction, Conseil canadien des affaires

c.c. L’honorable Chrystia Freeland, vice-première ministre et ministre des Finances

Monsieur le Premier ministre,

En mars dernier, quand la COVID-19 a frappé le Canada, les chefs d’entreprise du pays se sont engagés à faire tout en leur pouvoir pour protéger leurs employés, leurs clients et les Canadiens et Canadiennes. Nous vous écrivons aujourd’hui dans le même état d’esprit, en reconnaissant que rien n’est plus important pour le bien-être à long terme des Canadiens et des Canadiennes qu’une relance économique sécuritaire, saine et durable.

Pour y parvenir, il faudra déployer des mesures urgentes et simultanées sur deux plans :

  • Nous devons redoubler nos efforts pour mettre un terme à la propagation du virus afin que les personnes et les familles dans toutes les régions puissent reprendre le plus possible leurs activités normales en toute confiance.
  • Nous devons saisir l’occasion d’élaborer une stratégie audacieuse et ambitieuse visant à favoriser la croissance économique, c’est-à-dire un plan qui donne lieu à la création d’emplois bien rémunérés, qui stimule les investissements et qui stimule le potentiel canadien en matière de productivité. Nos compétiteurs agissent rapidement pour se positionner de manière à assurer leur succès après la pandémie. Nous devons emboîter le pas.

Deux mois se sont écoulés depuis la dernière mise à jour économique du gouvernement fédéral et le nombre de nouveaux cas d’infection confirmés au pays a grimpé en flèche. Cette semaine, le Canada franchira le cap des 10000 décès attribuables au virus. Pourtant, les capacités de dépistage de la COVID-19 sont toujours malheureusement inadéquates dans plusieurs villes et collectivités, l’attente pour l’obtention des résultats est inutilement longue et les efforts liés à la recherche des contacts sont insuffisants, voire inexistants.

Qui plus est, les directives contradictoires de la santé publique sèment la confusion et ont augmenté la frustration des Canadiens et Canadiennes. Cela a réduit leur confiance envers la capacité du système à les protéger. On ne peut pas faire fi de cette problématique.

Au début de la pandémie, nous avons demandé à tous les ordres de gouvernement d’élaborer une approche nationale cohérente pour lutter contre le coronavirus, notamment en développant des lignes directrices communes et des protocoles axés sur les risques à l’intention des écoles, des milieux de travail et des lieux publics. Nous sommes dorénavant bel et bien dans la deuxième vague et le manque de coordination entre les ordres de gouvernement et les autorités persiste.

Les Canadiens et les Canadiennes devront composer avec la COVID-19 jusque vers la fin de 2021 et peut-être même pendant plus longtemps. Les gouvernements peuvent continuer à réagir au jour le jour et de manière fragmentaire à la crise, ou ils peuvent prendre un certain recul, se ressaisir et s’engager à faire mieux. Nous exhortons le gouvernement fédéral à assumer un rôle de chef de file en lançant un examen intérimaire indépendant de la réponse du Canada à la pandémie qui permettrait de souligner les réussites ainsi que les échecs et de déterminer les leçons à tirer des expériences d’autres pays. Le but devrait être de formuler des recommandations avant la fin de 2020 afin que nous soyons mieux préparés à affronter ce qui s’en vient. Le milieu des affaires est prêt à appuyer un tel examen et à faire part de ses perspectives, notamment de ses expériences concernant la réouverture et les opérations sécuritaires. Il n’est jamais trop tard pour apprendre et s’adapter.

Au cours des prochaines semaines, votre gouvernement présentera une mise à jour économique qui présentera de nouvelles mesures budgétaires ainsi qu’une mise à jour de la situation financière du gouvernement fédéral. Selon nous, la mise à jour doit inclure les éléments suivants :

La nécessité de se doter d’une cible budgétaire. Avant COVID-19, la cible budgétaire du gouvernement était une diminution du ratio de la dette au PIB. A mesure que la relance progresse, et qu’il est moins essentiel de fournir des prestations d’urgence, il est important de fixer une nouvelle cible budgétaire pour maintenir les finances fédérales sur une trajectoire durable. Établir une cible budgétaire claire imposerait une discipline essentielle et aiderait à préserver notre crédibilité auprès des agences de notation et de la population.

Une aide ponctuelle pour les secteurs en difficulté. La COVID-19 a porté un coup dur aux compagnies aériennes, aux hôtels, aux restaurateurs et au secteur du tourisme. Dans son discours du Trône du 23 septembre, le gouvernement a promis d’offrir un plus grand appui à ces industries, mais n’a toujours rien annoncé à ce sujet. Le Canada est le seul membre du G7 n’ayant pas encore versé un soutien financier de taille au secteur du transport aérien. D’autres pays ont agi pour protéger les industries sur lesquelles repose leur compétitivité économique, et le Canada doit faire la même chose.

Un plan national de distribution des vaccins. L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, a reconnu que la tâche de distribuer un futur vaccin contre la COVID-19 sera « plus grande et plus difficile » que pour tout autre programme antérieur de vaccination. Dans l’éventualité probable que les vaccins soient disponibles en quantité limitée, les autorités sanitaires provinciales et territoriales seront chargées d’identifier les groupes prioritaires et de déterminer l’ordre selon lequel les gens pourront recevoir le vaccin. Pour éviter de recourir à une approche disparate qui augmenterait la confusion et la méfiance de la population, nous prions les deux ordres de gouvernement de s’entendre sur un plan de distribution des vaccins qui est clair, cohérent et transparent.

En tant que chefs d’entreprise qui se soucient profondément du pays et des collectivités dans lesquelles nous opérons, nous reconnaissons que la plus grande priorité économique du gouvernement consiste à prendre les mesures nécessaires pour contrôler la propagation du virus et assurer la sécurité des Canadiens et des Canadiennes. Cela dit, nous avons maintenant tous et toutes la responsabilité de planifier l’après-crise de la COVID-19, de formuler une vision et de définir les indicateurs qui nous permettront de mesurer notre réussite.

Bien que nous croyions que le Canada possède la capacité de sortir plus fort que jamais de cette crise, nous ne sommes pas naïfs. La pandémie a entraîné la plus grave perturbation économique dans le monde depuis la Deuxième Guerre mondiale. Lorsqu’elle prendra fin, l’économie mondiale sera sensiblement différente. Les chaînes d’approvisionnement internationales et les tendances en matière d’échanges commerciaux seront altérées et la concurrence pour les emplois et les investissements s’intensifiera. Si nous ne reconnaissons pas ces défis et que nous n’adoptons pas sous peu des mesures pour nous y attaquer, le Canada accusera encore plus de retard et notre bien-être collectif en souffrira.

Nous rendons public aujourd’hui un rapport intitulé « Assurer une forte reprise : un plan de croissance économique pour le Canada ». En plus de décrire les défis les plus urgents à nos yeux, il propose un cadre et des idées quant à la façon dont le Canada peut les surmonter. Au cours des prochains mois, nous consulterons des experts, des partenaires et intervenants afin de solliciter leurs conseils et leurs commentaires et présenterons des recommandations précises et détaillées.

Le monde change rapidement et il est temps d’adopter, pour le Canada, une vision et une stratégie audacieuses. Nous avons besoin d’un plan qui s’appuie sur nos atouts, qui s’attaque sans détour à nos faiblesses et qui atténue les risques associés à de futures perturbations. En tant que dirigeants d’entreprises qui jouent un rôle crucial pour stimuler l’innovation et la croissance économique, et en tant que fiduciaires de deux millions d’emplois directs au Canada et de millions d’autres emplois indirects, les membres du Conseil canadien des affaires sommes prêts à collaborer avec vous et tous les parlementaires dans le but de bâtir un meilleur avenir pour tous les Canadiens et toutes les Canadiennes.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Premier ministre, l’expression de ma très haute considération.

Goldy Hyder