La pandémie doit nous amener à penser l’économie autrement

par Guy Cormier – Président et chef de la direction, Mouvement des caisses Desjardins

Tel que publié par Guy Cormier sur LinkedIn

Voici un extrait de l’allocution que j’ai prononcée le 18 février au Cercle finance du Québec.

Un aspect plus sensible de l’après-pandémie, c’est de réussir à se relever ensemble, de préserver l’ordre social.

Il faudra être vigilants. Parce que la relance, ce ne sera pas le retour des beaux jours pour tout le monde en même temps.

La crise a eu pour effet d’accroître les inégalités économiques. La plupart des gens, grâce au télétravail, à l’aide gouvernementale, à des mesures d’atténuation comme celles de Desjardins, ont pu traverser la crise en limitant les dégâts.

Mais aux deux extrémités se trouvent des gens qui ont fait – et qui font – des affaires d’or, et d’autres qui ont perdu énormément, qui ont accumulé des dettes, perdu leur entreprise, leur maison.

On pourrait voir dans les prochains mois une reprise en K. C’est-à-dire des gens qui profitent à plein de la relance, et d’autres qui continuent de s’enfoncer.

Les gouvernements, et les acteurs sociaux, devront être très attentifs.

Il faudra sans doute prolonger des mesures d’aide pour des personnes dont la situation va rester précaire un certain temps. Mais plus que ça.

Moi, j’aimerais que la crise nous amène àpenser l’économie et la prospérité autrement.

Le PIB a reculé. Et on va juger de la reprise en regardant le PIB chaque trimestre.

Imaginez une petite ville avec 10 000 personnes dont les revenus doublent et 10 000 personnes dont les revenus diminuent de 50 %.

Le PIB augmente, mais la détresse aussi.

C’est ça la reprise en K.

Ça nous dit aussi que si on fait seulement braquer notre regard sur le PIB, on va passer à côté d’une partie de la réalité.

Depuis plusieurs années, des organisations remettent en question le PIB comme premier indicateur de la force d’une économie.

En 2009, par exemple, une commission dirigée par le Nobel d’économie Joseph Stiglitz s’est penchée sur cette question. La conclusion était que le bien-être d’une population ne dépend pas seulement de son niveau de vie, qu’on peut relier au PIB, mais aussi de sa qualité de vie qu’on pouvait associer à quatre formes de capital: le capital physique, naturel, humain et social.

Imaginez si on avait un indice aussi fort que le PIB, mais qui serait influencé par des facteurs sociaux et environnementaux.

Imaginez même si on avait une bourse, mais une bourse sociale. Où les actions d’une entreprise prennent de la valeur quand elle réduit sa pollution, les accidents de travail ou quand elle installe une garderie pour ses employés.

Ça ressemble à de la science-fiction quand on le dit comme ça, mais chez nous, on appelle ça… une coopérative.

C’est ça l’esprit d’une coopérative. La valeur augmente en fonction de la capacité de l’organisation de répondre aux besoins de ses membres.

Le choc de la crise devrait nous amener à voir les choses différemment.

À réfléchir à une prospérité partagée, comme les coopératives le proposent. C’est une manière de voir la production de l’économie sous l’angle du mieux-être de la population.

La réflexion sur le PIB n’est pas nouvelle, mais elle pourrait être relancée par la volonté de mieux faire les choses.

(…)

Les mois qui s’en viennent ne seront pas faciles.

Et le travail de reconstruction sera immense.

Il va falloir l’aborder avec intelligence, avec courage et avec humanité.

Nous en sommes tous capables.

C’est avec ces valeurs que nous avons traversé les derniers mois.